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Migraine : les secrets des maux de tête

Migraine : les secrets des maux de tête]
La migraine a pour principaux symptômes un mal de tête associé à des problèmes digestifs et parfois des “auras”. Bien que des médicaments spécifiques existent, peu de migraineux suivent un traitement approprié.
Souvent considérée comme un simple symptôme, la migraine est une véritable maladie. Plus de 10 % de la population française adulte en serait atteinte. La maladie touche des enfants dès 3 ans, la majorité des cas démarrant entre 13 et 25 ans. Décrite dès l’antiquité, la migraine a concerné de nombreux personnages célèbres : Jules César, Napoléon, Darwin, Chopin, Freud, Maupassant, Flaubert…

Dans ce dossier seront présentés les symptômes et l’évolution de la maladie au cours du temps, le diagnostic réalisé par le médecin et la biologie des crises migraineuses. Le point également sur les traitements pour les crises migraineuses et sur les traitements de fond.

Le mal de tête (ou céphalée) est le symptôme le plus connu de la migraine. Pourtant, d’autres symptômes peuvent accompagner la céphalée.
Les signes annonciateurs d’une crise migraineuse
On appelle prodromes les signes annonciateurs d’une crise migraineuse. Certaines personnes sont sensibles à ces signes qui varient d’un migraineux à un autre mais semblent constants chez le même individu. Il peut s’agir d’une lassitude, une intolérance aux odeurs, une tendance à la nausée ou à la somnolence, un épisode dépressif, de la boulimie… Ces symptômes proviendraient d’un dérèglement de l’hypothalamus, une région du cerveau impliquée dans le contrôle de l’équilibre interne.

Position de l’hypothalamus dans le cerveau. Source : http://lecerveau.mcgill.ca/
La migraine aux différents âges de la vie
Chez l’enfant, le mal de tête n’est pas le principal symptôme ; ce sont les nausées, vomissements et douleurs abdominales qui caractérisent la maladie. Les crises sont plus courtes que chez l’adulte et se terminent souvent par l’endormissement de l’enfant. Après 45-50 ans, le nombre de migraineux diminue ; chez les femmes, la ménopause marque souvent la fin des migraines, mais ce n’est pas systématique.

Les crises de migraine sans aura sont les plus fréquentes. La douleur est d’abord localisée sur la tempe et au-dessus de l’orbite, puis elle diffuse sur une moitié de crâne. Le terme “migraine” vient de cette localisation hémicrânienne de la douleur (“hémicrânie”).
Le malade a une sensation de coups donnés dans la tête. Souvent, il devient intolérant au bruit (phonophobie) et surtout à la lumière (photophobie), ce qui le pousse à rechercher le calme et l’obscurité. Dans deux tiers des cas, la douleur s’accompagne de nausées, pouvant aller jusqu’à des vomissements.

Des vertiges, une lassitude et une mauvaise humeur affectent le patient lors de ses crises qui durent de 4 à 24 heures, parfois plusieurs jours. Entre les crises, le migraineux ne présente aucun symptôme.

Les migraines avec aura, ou migraines accompagnées, représentent 10 à 15 % des migraines. Ces migraines ont comme point commun d’être précédées par des symptômes visuels ou sensitifs.
Dans le cas de la migraine ophtalmique, le patient voit un point lumineux (scotome scintillant) qui progresse du centre vers la périphérie du champ visuel. Des phosphènes (taches de lumière), fixes ou mobiles, peuvent aussi apparaître. Dans le cas d’une aura sensitive, le patient ressent des fourmillements qui, partant des doigts, remontent progressivement dans le bras. ).

Le patient qui consulte pour des crises migraineuses subit un interrogatoire puis est examiné par le médecin. Des examens complémentaires peuvent être effectués.
1. L’interrogatoire réalisé par le médecin
Au cours de la consultation, le médecin interroge le patient sur ses antécédents familiaux, son âge lors des premières crises, la présence ou non d’aura, la latéralisation de sa migraine, la durée, l’intensité et la fréquence des crises, ainsi que les facteurs favorisant les crises. Les questions portent aussi sur la présence ou non d’appareils dentaires, les antécédents de traumatismes crâniens ou de chutes, les habitudes en terme de sommeil (la position ventrale est déconseillée chez les migraineux).
L’heure habituelle de début des crises peut renseigner sur leurs causes : une crise débutant au réveil peut être provoquée par une mauvaise position lors du sommeil, une crise commençant après une journée de travail peut trouver son origine dans les conditions de travail du patient (stress, travail sur ordinateur…). Pour les femmes, une corrélation avec les périodes du cycle est recherchée.

Evolution du taux d’œstrogènes dans le sang au cours du cycle de la femme.
Chez certaines patientes, une corrélation semble exister entre les crises migraineuses et les phases du cycle. Source : MC Jacquier, schéma personnel.
2. L’examen clinique
Au cours de l’examen clinique, le médecin recherche une sensibilité anormale des muscles faciaux, des globes oculaires, des nerfs proches des orbites ou des articulations de la mâchoire. Un examen de la colonne vertébrale et des dents est réalisé. Le cœur est ausculté et la tension artérielle mesurée.
3. Les examens complémentaires
Dans le cas de migraines ophtalmiques, un bilan ophtalmologique et orthoptique est préconisé. D’autres examens peuvent être réalisés pour éliminer d’autres causes des maux de tête : radiographies de la colonne ou du crâne, IRM, scanner ou échographie hépato-biliaire permettent d’éliminer l’hypothèse de lésions.

1. L’hypothèse vasculaire
L’origine vasculaire des crises migraineuses a été étudiée par Wolff il y a plus de 50 ans. Lors de la crise, on distinguerait deux épisodes :
un épisode de vasoconstriction (diminution du diamètre des vaisseaux sanguins) à l’intérieur du crâne, pendant la phase de l’aura. En effet, si un patient souffrant de migraine ophtalmique inhale du nitrite d’amyle, un vasodilatateur (molécule qui augmente le diamètre des vaisseaux sanguins), le scotome scintillant disparaît,
un épisode de vasodilatation extracrânienne lorsque le patient souffre de céphalées : si le malade reçoit des médicaments vasoconstricteurs comme les triptans, le mal de tête disparaît.
L’hypothèse d’une origine vasculaire des crises migraineuses a ses limites. La vasodilatation ne peut être seule responsable de la douleur. Lors de l’aura, on observe une baisse du débit sanguin qui se déplace de l’arrière vers l’avant. Ce mouvement pourrait correspondre au déplacement du scotome. Cette mauvaise irrigation persiste pendant la phase de céphalée. Son déplacement ne correspond pas anatomiquement à la distribution des artères cérébrales.
Par conséquent, le déplacement serait dû à une modification du fonctionnement des neurones. Les modifications vasculaires ne seraient que la conséquence d’un dysfonctionnement neuronal.
2. L’hypothèse nerveuse
La vasodilatation peut être causée par l’action de différentes cellules nerveuses :

© Berichard Wikipedia
le nerf trijumeau a un rôle de perception de la sensibilité de la face. Il innerve aussi la plupart des vaisseaux sanguins intra- et extra-crâniens. Ce nerf comporte trois branches qui convergent vers un ganglion. Les neurotransmetteurs présents dans ce ganglion sont notamment la substance P et le CGRP. La libération de ces neurotransmetteurs conduit à une vasodilatation et à une inflammation stérile, c’est-à-dire en l’absence d’agent infectieux, conduisant à la douleur. Le nerf trijumeau pourrait jouer un rôle dans les crises migraineuses,
les noyaux du raphé contiennent des neurones dont le neurotransmetteur est la sérotonine. Chez les migraineux, il pourrait y avoir un dysfonctionnement des noyaux du raphé.

Les trois branches du nerf trijumeau.
1: nerf ophtalmique, 2 : nerf maxillaire, 3 : nerf mandibulaire.
Lithographie de Gray’s anatomy. Source : Wikimedia Commons.
3. L’hypothèse neurovasculaire
L’hypothalamus est impliqué dans le maintien de l’équilibre interne de l’organisme. Certains migraineux sont sensibles aux variations cycliques (cycle veille/sommeil, cycle de la femme). D’autres présentent des prodromes suggérant un dysfonctionnement de l’hypothalamus. L’hypothalamus semble impliqué dans e déclenchement des crises migraineuses.
Le scénario serait le suivant : pour une raison inconnue, l’hypothalamus et une partie de la région haute du tronc cérébral se mettraient à sécréter de la noradrénaline et de la sérotonine. Ceci conduirait à une vasoconstriction de certains vaisseaux sanguins, d’où une diminution du débit sanguin. Certains neurones sont alors excités et cette excitation se propage de l’arrière vers l’avant du cerveau. Cette “onde d’excitation” est suivie par une “onde de dépression” correspondant à une phase de récupération des neurones. L’onde de dépression stimule les nerfs trijumeaux. Ceux-ci provoquent une vasodilatation et une inflammation des méninges. L’inflammation conduit au mal de tête.
4. L’hypothèse plaquettaire
La sérotonine joue un rôle important dans la maladie : grâce à un antagoniste de la sérotonine (méthysergide), on peut diminuer les symptômes de la migraine.
En plus d’être présente dans les noyaux du raphé, la sérotonine se trouve aussi dans les plaquettes sanguines. Lors des crises de migraines, les plaquettes semblent capter moins de sérotonine, d’où l’hypothèse de l’existence chez les migraineux d’un facteur de libération de la sérotonine (SRF : serotonin releasing factor). Le SRF conduirait à une libération de sérotonine juste avant la crise migraineuse, conduisant à la vasoconstriction. Au fur et à mesure que la sérotonine serait dégradée, la vasodilatation serait induite.


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les secrets des maux de tête

La crise migraineuse peut être traitée. Mais un traitement de fond est aussi possible en-dehors des périodes de crises.
1. Le traitement de la migraine
Plusieurs médicaments peuvent être utilisés pour traiter la migraine :
l’aspirine et le paracétamol, parfois associés à un anti-vomitif ;
les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) ;
le tartrate d’ergotamine ou la dihydroergotamine (dérivés de l’ergot du seigle), qui permettent la vasoconstriction ;
les triptans sont des agonistes de la sérotonine. Ils se fixent sur certains récepteurs de la sérotonine. Ils ont un effet vasoconstricteur et inhibent l’inflammation. Les triptans n’ont aucun effet sur les auras et ne traitent que la phase douloureuse.

Ergot du seigle (champignon parasite formant des sclérotes : petites masses sombres dans les épis de céréales). Source : UIC Champagne Ardennes, image libre de droits.
2. Le traitement de fond
Seulement 5 à 10 % des migraineux suivent un traitement de fond. Celui-ci dépend des individus. La dihydroergotamine peut être utilisée en traitement de fond. Elle permet de maintenir un tonus vasomoteur stable en limitant les variations de diamètre des vaisseaux sanguins. Des antisérotonines peuvent être prescrites.
La sérotonine a deux rôles dans la migraine, dans la variation du diamètre des vaisseaux sanguins et dans le contrôle de la douleur. Plusieurs anti-sérotonines existent : le méthysegide, le pizotifène, l’oxétorone. Les bêtabloquants peuvent être utilisés ; ils se fixent sur les récepteurs des catécholamines.
Chez les migraineux dont les crises sont déclenchées par certains aliments (voir fiche questions-réponses), on évitera la consommation des aliments “à risque”.
Enfin, ceux qui sont sensibles à des facteurs psychologiques pourront recevoir des tranquillisants, mais ils devront chercher à se relaxer et améliorer leurs conditions de vie pour limiter les situations stressantes.

Un stress ou une contrariété peuvent-ils être à l’origine d’une crise de migraine ?
Les migraineux sont particulièrement sensibles au stress. Pendant un épisode de stress, le taux de catécholamines, comme l’adrénaline ou la noradrénaline, augmente dans le sang. 3 heures avant la migraine au réveil, on observe chez les patients présentant ce type de migraine une augmentation du taux de noradrénaline dans le sang. Il a été montré que les migraineux sont hypersensibles à une autre catécholamine, la dopamine. De façon général, chez les migraineux, les émotions et les contrariétés peuvent influencer la survenue des crises. Ceci peut être dû aux sécrétions de catécholamines et de sérotonine.
La migraine est-elle une maladie typiquement féminine ? Est-elle causée par les hormones ovariennes ?
La migraine touche trois fois plus de femmes que d’hommes. L’idée que les hormones ovariennes soient une cause des migraines découle de plusieurs observations :
la migraine démarre souvent aux alentours de la puberté ;
beaucoup de femmes constatent que les crises migraineuses ont lieu un peu avant ou juste après le premier jour des règles ;
les crises migraineuses disparaissent souvent pendant la grossesse ;
certaines migraineuses voient leurs crises disparaître avec la ménopause.
Plus que les hormones ovariennes elles-mêmes, c’est la variation des taux plasmatiques de ces hormones qui semblent constituer un facteur déclenchant des crises. Ainsi, lorsque les taux d’hormones chutent au moment des règles, les crises migraineuses sont courantes.

La migraine est-elle une maladie héréditaire ?
Bon nombre de migraineux ont un proche qui souffre de migraine. Il existe une forme de migraine familiale très rare : la migraine hémiplégique familiale. Il s’agit d’une migraine avec aura caractérisée par l’apparition d’une hémiplégie lors de l’aura. Trois gènes impliqués dans cette migraine ont été identifiés (voir focus recherche). Il est probable que la migraine soit due à certains facteurs de susceptibilité neurovasculaire. Associés à des facteurs environnementaux (alimentation, emploi stressant…), ils conduiraient à la migraine.
Certains aliments peuvent-ils causer une crise migraineuse ?
Plus de la moitié des migraineux souffrent de troubles digestifs pendant leurs crises. Un facteur alimentaire pourrait en être responsable. Certains migraineux voient leurs crises déclenchées par un aliment (vin rouge, fromage, chocolat). Ceci pourrait être dû à des amines proches des catécholamines, la tyramine et la phényléthylamine, présentes dans ces aliments.

Michel Lantéri-Minet est chef de service du Département d’Evaluation et de Traitement de la Douleur au CHU de Nice et spécialiste de la migraine. Il fait le bilan des principales pistes de recherche envisagées dans le domaine de la migraine.

Où en est la recherche sur les gènes impliqués dans la migraine ?
La génétique de la migraine a été étudiée sur la migraine hémiplégique familiale qui est une forme rare de migraine caractérisée par une aura motrice et une transmission autosomique dominante. Trois gènes codant pour des protéines impliquées dans le contrôle de l’excitabilité cellulaire ont été identifiés :
le gène CACNA1A codant pour un canal calcique neuronal ;
Le gène ATP1A2, qui code pour une pompe à Sodium/Potassium présente sur les astrocytes ;
Le gène SCN1A, qui code pour un canal sodique des neurones.
Les mutations de ces trois gènes ne se retrouvent que rarement dans les migraines “banales” qui impliquent probablement d’autres gènes en cours d’identification. De plus, dans ses formes habituelles, la migraine doit être une maladie polygénique impliquant plusieurs gènes. Un autre élément intéressant est qu’il a été possible de fabriquer une souris dans laquelle on a introduit une mutation humaine du gène CACNA1A. Cette souris transgénique développe des crises avec aura motrice comme l’humain et est très photophobe. Les femelles sont plus touchées que les mâles. C’est un modèle animal de la migraine avec aura.
Pourrait-on envisager un traitement hormonal de la migraine chez les femmes ?
Nous le faisons déjà. Nous le proposons aux patientes qui ont 90 % des crises pendant la période menstruelle. Chez ces patientes, le facteur déclenchant de la crise est la chute d’œstrogènes qui précède la période menstruelle. On atténue la chute ostrogénique en donnant de l’œstradiol. C’est une prévention des crises. Il est aussi envisagé d’utiliser un contraceptif en continu, avec uniquement un progestatif, mais pour l’instant cette approche n’a pas été validée.
Il y aurait des inconvénients au niveau gynécologique. Le problème des femmes qui font des crises migraineuses au moment des règles est que ces crises sont de longue durée. Les patientes l’appréhendent psychologiquement et cela participe à aggraver la maladie.
L’imagerie médicale peut-elle servir à comprendre la migraine ?
Oui, l’imagerie a servi pour deux axes de recherche. D’une part, nous avons pu visualiser la dépression corticale envahissante dans le cas des migraines avec aura, par l’utilisation de l’IRM fonctionnelle. Nous avons montré que l’aura est contemporaine de cette dépression corticale. De plus, l’imagerie médicale permet de mettre en évidence les structures qui s’activent dans les zones génératrices de la migraine. Ces régions s’activent anormalement. En faisant
l’étude en début de crise, alors que la douleur a été contrôlée par le traitement, on a pu montrer que l’activation de ces régions persiste. Ces données ont été notamment obtenues par l’équipe du Professeur Géraud de Toulouse..

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